Le Paludisme (Malaria)

Le paludisme est une maladie grave causée par un parasite (appelé Plasmodium) qui est transmis à l’homme par la piqûre d’un moustique femelle (l’anophèle). Ce moustique pique surtout la nuit, entre le coucher et le lever du soleil.

Quand le moustique infecté pique votre enfant, le parasite entre dans le sang, se multiplie d’abord dans le foie, puis envahit les globules rouges (les cellules du sang qui transportent l’oxygène). C’est la destruction des globules rouges qui provoque la fièvre, l’anémie et les complications graves.

Le paludisme n’est PAS contagieux. Il se transmet uniquement par la piqûre du moustique (ou très rarement par transfusion sanguine ou de la mère au bébé pendant la grossesse).

Les enfants de 6 mois à 5 ans sont les plus vulnérables au paludisme grave pour plusieurs raisons :

  • Avant 6 mois : le bébé est partiellement protégé par les anticorps de sa mère (transmis pendant la grossesse) et par l’allaitement maternel

  • Après 6 mois : cette protection maternelle disparaît, et l’enfant n’a pas encore développé sa propre immunité contre le paludisme

  • Après 5 ans : dans les zones de forte transmission, les enfants qui ont survécu à plusieurs épisodes de paludisme développent progressivement une immunité partielle qui les protège contre les formes graves (mais pas contre l’infection)

  • Les enfants malnutris sont encore plus vulnérables : leur système immunitaire est affaibli

Le paludisme peut ressembler à beaucoup d’autres maladies (grippe, gastro-entérite, pneumonie). C’est pourquoi un test est toujours nécessaire pour confirmer le diagnostic.

Signes du paludisme simple (non compliqué) :

  • Fièvre : souvent élevée (39-40°C), parfois par accès (montées et descentes)

  • Frissons : l’enfant tremble de froid alors qu’il est chaud

  • Maux de tête (l’enfant pleure, se tient la tête, est irritable)

  • Vomissements

  • Douleurs abdominales (maux de ventre)

  • Diarrhée (peut être confondue avec une gastro-entérite)

  • Perte d’appétit : l’enfant refuse de manger ou de téter

  • Fatigue et faiblesse inhabituelles

  • Douleurs musculaires et articulaires

  • Toux (peut être confondue avec une pneumonie)

Chez le jeune enfant, les signes peuvent être trompeurs : parfois seule la fièvre est présente, ou l’enfant présente surtout des vomissements et de la diarrhée, ce qui fait penser à une gastro-entérite.

Le paludisme simple peut évoluer vers un paludisme grave en quelques heures. Le paludisme grave peut tuer en 24 à 48 heures si l’enfant n’est pas traité rapidement. Emmenez votre enfant immédiatement au centre de santé ou à l’hôpital si vous observez un ou plusieurs de ces signes :

Signes neurologiques (paludisme cérébral) :

  • L’enfant est très somnolent, inconscient ou difficile à réveiller

  • L’enfant est confus, agité ou ne reconnaît plus ses parents

  • L’enfant a des convulsions (crises : yeux révulsés, raideur du corps, mouvements saccadés)

  • L’enfant est prostré : il ne peut plus s’asseoir, se tenir debout, marcher ou téter (chez le nourrisson)

Signes d’anémie sévère :

  • Pâleur extrême : paumes des mains très pâles (presque blanches), lèvres pâles, intérieur des paupières pâle

  • Essoufflement même au repos

  • Fatigue extrême : l’enfant est mou, sans énergie

  • Battements du cœur rapides

L’anémie sévère est l’une des formes les plus fréquentes de paludisme grave chez l’enfant en Afrique. Le parasite détruit les globules rouges, ce qui peut nécessiter une transfusion sanguine urgente.

Signes de détresse respiratoire :

  • Respiration très rapide et profonde (respiration acidotique)

  • Difficulté à respirer : battement des ailes du nez, tirage sous-costal

  • L’enfant lutte pour respirer

Autres signes de gravité :

  • Urines très foncées (couleur thé ou coca-cola) → signe de destruction massive des globules rouges

  • Yeux jaunes (jaunisse/ictère)

  • Saignements anormaux (nez, gencives, selles)

  • Vomissements répétés : l’enfant ne garde rien

  • Absence d’urines depuis plusieurs heures

  • Mains et pieds froids, pouls rapide et faible (signe de choc)

LE PALUDISME GRAVE EST UNE URGENCE MÉDICALE ABSOLUE.

N’attendez pas. Chaque heure compte. Emmenez l’enfant immédiatement au centre de santé ou à l’hôpital le plus proche.

Toute fièvre n’est pas du paludisme. Dans certaines régions, seulement 30 à 50 % des fièvres chez l’enfant sont réellement dues au paludisme. Traiter un enfant pour le paludisme alors qu’il a une autre maladie (pneumonie, méningite, infection urinaire) retarde le bon traitement et peut être fatal.

Le Test de Diagnostic Rapide (TDR) :

  • C’est un test simple et rapide : une goutte de sang prélevée au bout du doigt

  • Le résultat est disponible en 15 à 20 minutes

  • Il est fiable : s’il est négatif, votre enfant n’a probablement pas le paludisme, et le médecin cherchera une autre cause de la fièvre

La goutte épaisse et le frottis sanguin :

  • C’est l’examen de référence, réalisé au microscope dans les centres de santé et hôpitaux

  • Il permet d’identifier le type de parasite et de compter le nombre de parasites dans le sang (parasitémie)

  • Un taux de parasitémie élevé (> 4-5 % des globules rouges infectés) augmente le risque de paludisme grave

Ne traitez JAMAIS votre enfant pour le paludisme sans test. Un test négatif signifie qu’il faut chercher une autre cause de la fièvre.

Ne refusez pas le test même si vous « pensez » que c’est le paludisme. Le test est le seul moyen de savoir avec certitude.

 Traitement du paludisme simple (non compliqué)

Le traitement recommandé par l’OMS pour le paludisme simple à Plasmodium falciparum (le plus fréquent et le plus dangereux en Afrique) est une Combinaison Thérapeutique à base d’Artémisinine (CTA), aussi appelée ACT en anglais.

La dose dépend du poids de l’enfant. Respectez toujours la dose prescrite par le soignant.

Règles importantes pour le traitement :

  • Donnez le traitement complet de 3 jours, même si l’enfant se sent mieux après 1 ou 2 jours. Arrêter trop tôt favorise la résistance du parasite aux médicaments

  • Si l’enfant vomit dans les 30 minutes après la prise, redonnez la dose

  • Donnez du paracétamol (10-15 mg/kg) pour soulager la fièvre et l’inconfort

  • Faites boire l’enfant régulièrement

  • Si l’enfant est anémié (pâle), le soignant peut prescrire du fer et des vermifuges

  • ❌ Ne donnez PAS de CTA si le test est négatif

  • ❌ N’achetez pas de médicaments antipaludiques au marché sans test ni prescription : les médicaments contrefaits sont fréquents et dangereux

  • ❌ Ne partagez pas le traitement d’un enfant avec un autre enfant

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Traitement du paludisme GRAVE

Le paludisme grave nécessite une hospitalisation urgente et un traitement par artésunate injectable (par voie intraveineuse ou intramusculaire).

  • Il est administré à l’hôpital par le personnel soignant

  • Après amélioration, l’enfant reçoit un traitement oral complet par CTA

  • L’enfant peut aussi avoir besoin de :

    • Transfusion sanguine en cas d’anémie sévère

    • Perfusion de glucose en cas d’hypoglycémie (baisse du sucre dans le sang)

    • Anticonvulsivants en cas de convulsions

    • Oxygène en cas de détresse respiratoire

La prévention est la meilleure arme contre le paludisme. Plusieurs outils complémentaires sont disponibles :

1. LA MOUSTIQUAIRE IMPRÉGNÉE D’INSECTICIDE (MII)

La moustiquaire est l’outil de prévention le plus important et le plus efficace. Elle réduit le risque de paludisme d’environ 44 % chez les enfants qui dorment dessous.

Comment bien utiliser la moustiquaire :

  • Faites dormir votre enfant sous la moustiquaire chaque nuit, toute l’année, pas seulement pendant la saison des pluies

  • Bordez bien la moustiquaire sous le matelas pour qu’aucun moustique ne puisse entrer

  • Vérifiez qu’il n’y a pas de trous dans la moustiquaire. Réparez les trous avec du fil et une aiguille

  • Ne lavez pas la moustiquaire trop souvent (cela réduit l’efficacité de l’insecticide). Lavez-la au maximum tous les 3 mois, à l’eau froide et au savon doux

  • Remplacez la moustiquaire tous les 2 à 3 ans, ou quand elle est trop abîmée

  • Lors des distributions gratuites de moustiquaires, prenez-en suffisamment pour toute la famille (1 moustiquaire pour 2 personnes)

  • La moustiquaire protège aussi contre d’autres maladies transmises par les moustiques (dengue, filariose)

2. LA VACCINATION ANTIPALUDIQUE

Deux vaccins antipaludiques sont maintenant recommandés par l’OMS pour les enfants vivant en zone d’endémie :

Renseignez-vous auprès de votre centre de santé pour savoir si le vaccin antipaludique est disponible dans votre pays et faites vacciner votre enfant.

3. LA CHIMIOPRÉVENTION DU PALUDISME SAISONNIER (CPS)

4. AUTRES MESURES DE PRÉVENTION

  • Pulvérisation intradomiciliaire (PID) : dans certaines zones, des équipes viennent pulvériser de l’insecticide à l’intérieur des maisons. Acceptez cette intervention : elle tue les moustiques qui se posent sur les murs

  • Éliminez les eaux stagnantes autour de la maison : videz les récipients, pneus usagés, flaques d’eau où les moustiques pondent leurs œufs

  • Habillez les enfants avec des vêtements longs (manches longues, pantalons) le soir

  • Fermez les portes et fenêtres au crépuscule, ou utilisez des moustiquaires aux fenêtres

  • Les répulsifs cutanés (sprays anti-moustiques) peuvent offrir une protection supplémentaire, mais ne remplacent pas la moustiquaire

Le paludisme et la malnutrition se renforcent mutuellement :

  • Un enfant malnutri a un système immunitaire affaibli → il fait des formes plus graves de paludisme

  • Le paludisme provoque de l’anémie (destruction des globules rouges), de la fièvre (qui augmente les besoins en énergie) et une perte d’appétit → il aggrave la malnutrition

  • Un enfant malnutri avec un paludisme grave a un risque de décès beaucoup plus élevé

Comment briser ce cercle :

  • Allaitez exclusivement pendant les 6 premiers mois

  • Donnez une alimentation diversifiée et riche après 6 mois

  • Surveillez la croissance de l’enfant (pesée mensuelle)

  • Traitez rapidement tout épisode de paludisme

  • Donnez un repas supplémentaire par jour pendant 2 semaines après un épisode de paludisme

Les femmes enceintes sont aussi très vulnérables au paludisme. Le paludisme pendant la grossesse peut provoquer :

  • Une anémie sévère chez la mère

  • Un paludisme placentaire qui empêche le bébé de bien grandir dans le ventre

  • Un faible poids de naissance du bébé

  • Un accouchement prématuré

  • La mort du bébé dans le ventre (mort fœtale)

Prévention chez la femme enceinte :

  • Dormir sous moustiquaire chaque nuit

  • Traitement Préventif Intermittent (TPI) : prendre de la sulfadoxine-pyriméthamine (SP/Fansidar®) à chaque visite prénatale à partir du 2ème trimestre (au moins 3 doses pendant la grossesse)

  • Consulter rapidement en cas de fièvre pendant la grossesse

  • ❌ Penser que toute fièvre est du paludisme → faites toujours un test (TDR ou goutte épaisse)

  • ❌ Traiter le paludisme sans test → dangereux car cela peut masquer une autre maladie grave

  • ❌ Arrêter le traitement avant la fin des 3 jours parce que l’enfant va mieux → cela favorise la résistance du parasite

  • ❌ Acheter des médicaments au marché → risque de médicaments contrefaits (faux médicaments) qui ne contiennent pas le bon principe actif

  • ❌ Donner de la chloroquine seule → dans la plupart des pays d’Afrique, le parasite est résistant à la chloroquine. Seules les CTA sont efficaces

  • ❌ Ne pas utiliser la moustiquaire parce qu’il fait chaud → la moustiquaire est votre meilleure protection

  • ❌ Utiliser la moustiquaire pour la pêche → cela prive votre enfant de protection et pollue l’environnement

  • ❌ Refuser la vaccination ou la CPS → ces interventions sont sûres et sauvent des vies

  • ❌ Attendre que l’enfant soit très malade pour consulter → le paludisme grave peut tuer en quelques heures

  • ❌ Donner des remèdes traditionnels à la place du traitement médical → ils ne tuent pas le parasite et retardent le traitement efficace