La Fièvre chez l'Enfant
La fièvre est une élévation de la température du corps au-dessus de 38°C. Ce n’est pas une maladie en soi, mais un signe que le corps se défend contre une infection. La fièvre est en réalité une réaction normale et utile du système immunitaire : elle aide l’organisme à combattre les microbes.
Chez le nourrisson (moins de 3 mois) : utilisez un thermomètre digital rectal (dans les fesses). C’est la méthode la plus fiable chez le petit bébé
Chez l’enfant de plus de 1 an : un thermomètre auriculaire (dans l’oreille) ou un thermomètre digital sous le bras (axillaire) peuvent être utilisés. Ajoutez 0,5°C à la température axillaire pour estimer la température centrale
Si vous n’avez pas de thermomètre : touchez le front, le cou ou le ventre de l’enfant. Si l’enfant est chaud au toucher, considérez qu’il a de la fièvre et consultez, surtout s’il a moins de 5 ans
Repères de température :
Normale : 36,5°C à 37,5°C
Fièvre légère : 37,5°C à 38,5°C
Fièvre modérée : 38,5°C à 39,5°C
Fièvre élevée : au-dessus de 39,5°C
Fièvre très élevée : au-dessus de 40°C → consultez rapidement
Chez le nourrisson de moins de 3 mois, une température au-dessus de 40°C est associée à un risque 6 fois plus élevé d’infection bactérienne grave. Chez l’enfant plus grand, la hauteur de la fièvre seule n’est pas un bon indicateur de gravité : c’est le comportement de l’enfant qui compte le plus.
En Afrique, les causes de fièvre chez l’enfant sont variées. Contrairement à une idée reçue, toute fièvre n’est pas forcément du paludisme. Les études montrent que les causes se répartissent ainsi :
Le paludisme (malaria) : 30 à 55 % des cas selon les régions
C’est la cause la plus fréquente de fièvre grave chez l’enfant en Afrique subsaharienne
Il est transmis par la piqûre du moustique anophèle, surtout la nuit
Symptômes : fièvre élevée (souvent par accès), frissons, maux de tête, vomissements, fatigue intense, pâleur (anémie)
Le paludisme peut devenir grave très rapidement chez le jeune enfant : convulsions, coma, anémie sévère, détresse respiratoire
Le paludisme tue : c’est une urgence médicale. Tout enfant fébrile en zone d’endémie doit être testé (test de diagnostic rapide ou goutte épaisse)
Le paludisme est souvent sur-diagnostiqué : dans certaines études, 80 % des enfants reçoivent un diagnostic présomptif de paludisme, alors que seulement 53 % ont réellement la maladie
Les infections respiratoires : 30 à 60 % des cas
C’est la cause la plus fréquente de fièvre tous âges confondus
Comprennent : rhume, rhinopharyngite, bronchite, otite, angine
La pneumonie (infection des poumons) est la forme grave : toux, respiration rapide, difficulté à respirer, battement des ailes du nez
La plupart des infections respiratoires sont virales et ne nécessitent pas d’antibiotiques
La pneumonie bactérienne nécessite des antibiotiques et peut être mortelle si non traitée
Les infections gastro-intestinales : 10 à 20 % des cas
Diarrhée, vomissements, douleurs abdominales avec fièvre
Causes : rotavirus, bactéries (Salmonella, Shigella), parasites
Le danger principal est la déshydratation
Les infections urinaires : 5 à 18 % des cas
Fréquentes surtout chez les filles et les nourrissons
Parfois la fièvre est le seul signe (pas de douleur en urinant chez le nourrisson)
Nécessitent un traitement antibiotique
La méningite : 1 à 12 % des cas hospitalisés
Infection des membranes qui entourent le cerveau
Signes : fièvre élevée, vomissements, raideur du cou, somnolence, fontanelle bombée chez le nourrisson, convulsions
C’est une urgence absolue : sans traitement, la méningite peut tuer en quelques heures ou laisser des séquelles graves (surdité, handicap)
La fièvre typhoïde : 2 à 4 % des cas
Causée par la bactérie Salmonella typhi, transmise par l’eau et les aliments contaminés
Fièvre prolongée (plus d’une semaine), maux de tête, douleurs abdominales, diarrhée ou constipation
Nécessite un traitement antibiotique
Autres causes :
Rougeole : fièvre, éruption cutanée, toux, yeux rouges (prévenue par la vaccination)
Infections cutanées : abcès, impétigo
Infections de l’oreille (otite) : fièvre, douleur à l’oreille, irritabilité
Infections virales bénignes : roséole (herpèsvirus 6), rhume, grippe
La fièvre elle-même n’est généralement pas dangereuse. Ce qui est dangereux, c’est la maladie qui cause la fièvre. Certains signes indiquent que l’enfant est gravement malade et nécessite des soins urgents.
🔴 EMMENEZ IMMÉDIATEMENT VOTRE ENFANT AU CENTRE DE SANTÉ si :
Signes généraux de danger (selon l’OMS) :
L’enfant ne peut pas boire ou téter
L’enfant vomit tout ce qu’il avale
L’enfant a eu des convulsions (crises : yeux révulsés, raideur du corps, mouvements saccadés)
L’enfant est très somnolent, inconscient ou difficile à réveiller
L’enfant est très mou (hypotonie) ou au contraire très raide (hypertonie)
Signes spécifiques de danger :
Fièvre chez un bébé de moins de 3 mois : toute fièvre ≥ 38°C chez un nourrisson de moins de 3 mois est une urgence, car 8 à 13 % de ces bébés ont une infection bactérienne
Éruption cutanée avec petits points rouges/violets (pétéchies/purpura) qui ne disparaissent pas quand on appuie dessus → suspicion de méningite à méningocoque
Raideur du cou : l’enfant ne peut pas toucher sa poitrine avec le menton
Fontanelle bombée chez le nourrisson (la zone molle sur le dessus de la tête est tendue et bombée)
Respiration rapide ou difficile : battement des ailes du nez, tirage sous-costal (la peau se creuse sous les côtes à chaque respiration)
Pâleur extrême des paumes des mains, des lèvres ou des conjonctives (intérieur des paupières) → suspicion d’anémie sévère (souvent liée au paludisme)
Urines très foncées (couleur thé ou coca-cola) → suspicion de paludisme grave
Ventre gonflé et dur
Déshydratation : yeux enfoncés, bouche sèche, absence d’urines, pli cutané persistant
Fièvre qui dure plus de 5 à 7 jours sans amélioration
Amaigrissement ou enfant malnutri avec fièvre
Si l’enfant n’a aucun signe de danger, qu’il est éveillé, mange et boit normalement, et que la fièvre est modérée, les soins à domicile peuvent être appropriés en attendant la consultation.
1. Hydrater l’enfant
Allaitez plus souvent si l’enfant est au sein
Donnez de l’eau propre fréquemment, par petites quantités
Proposez du SRO (soluté de réhydratation orale) si l’enfant a aussi de la diarrhée ou des vomissements
Un enfant fébrile perd plus d’eau que d’habitude par la transpiration et la respiration
2. Habiller légèrement l’enfant
Retirez les vêtements en excès : laissez l’enfant en vêtements légers
Ne couvrez pas un enfant fébrile avec des couvertures épaisses (cela empêche la chaleur de s’évacuer)
Ne mettez pas l’enfant dans un courant d’air froid
3. Rafraîchir l’enfant (si nécessaire)
Vous pouvez appliquer des linges tièdes (pas froids) sur le front, le cou et les aisselles
Un bain tiède (pas froid) peut aider à faire baisser la température
❌ N’utilisez JAMAIS d’alcool (eau de Cologne, alcool à friction) sur la peau de l’enfant : c’est dangereux (risque d’intoxication par absorption cutanée)
❌ N’utilisez pas d’eau glacée ni de glace : cela provoque des frissons qui font remonter la température
4. Continuer à nourrir l’enfant
Proposez des repas légers et fréquents
Ne forcez pas l’enfant à manger, mais encouragez-le
Après la guérison, donnez un repas supplémentaire par jour pendant quelques jours
👀 5. Surveiller l’enfant
Vérifiez la température régulièrement
Observez le comportement de l’enfant : est-il éveillé ? Joue-t-il ? Mange-t-il ? Boit-il ?
Surveillez l’apparition de signes de danger (voir ci-dessus)
Les médicaments antipyrétiques (contre la fièvre) ne sont pas toujours nécessaires. La décision de donner un médicament doit être basée sur l’inconfort de l’enfant, pas uniquement sur le chiffre du thermomètre. Un enfant qui a 38,5°C mais qui joue et mange normalement n’a pas forcément besoin de médicament.
Les deux médicaments recommandés :
1. Le paracétamol (Doliprane®, Efferalgan®, Dafalgan®)
Dose : 10 à 15 mg par kg de poids, par prise
Fréquence : toutes les 4 à 6 heures, maximum 4 fois par jour
Peut être donné dès la naissance
Disponible en sirop, comprimés, suppositoires
Ne jamais dépasser la dose maximale : un surdosage de paracétamol est dangereux pour le foie
2. L’ibuprofène (Advil®, Nurofen®)
Dose : 10 mg par kg de poids, par prise
Fréquence : toutes les 6 à 8 heures, maximum 3 fois par jour
À donner avec de la nourriture (pour protéger l’estomac)
Ne pas donner avant l’âge de 6 mois
Ne pas donner si l’enfant est déshydraté (risque pour les reins)
Ne pas donner en cas de varicelle (risque d’infection cutanée grave)
Le paracétamol et l’ibuprofène ont une efficacité similaire pour faire baisser la fièvre. L’ibuprofène peut être légèrement plus efficace dans les premières heures.
Si un seul médicament ne suffit pas, il est possible d’alterner paracétamol et ibuprofène (par exemple, paracétamol à 8h, ibuprofène à 12h, paracétamol à 16h, etc.), mais uniquement sur conseil médical.
🔴 Les médicaments à NE PAS donner :
❌ Aspirine (acide acétylsalicylique) : ne jamais donner aux enfants de moins de 16 ans (risque de syndrome de Reye, une maladie grave du foie et du cerveau)
❌ Médicaments pour adultes : ne donnez jamais un médicament pour adulte à un enfant sans avis médical
❌ Antibiotiques sans ordonnance : les antibiotiques ne traitent pas la fièvre et ne fonctionnent pas contre les virus. Ils ne doivent être pris que sur prescription médicale
🔴 Consultez IMMÉDIATEMENT (urgence) si :
Bébé de moins de 3 mois avec fièvre ≥ 38°C
Enfant inconscient, très somnolent ou difficile à réveiller
Convulsions
Enfant qui ne peut pas boire ou téter
Enfant qui vomit tout
Respiration rapide ou difficile
Raideur du cou
Éruption cutanée avec points rouges/violets (purpura)
Pâleur extrême (suspicion d’anémie sévère)
Urines très foncées ou absence d’urines
Enfant malnutri avec fièvre
Fièvre très élevée (> 40°C)
Consultez dans les 24 heures si :
Fièvre qui dure plus de 2 jours sans amélioration
Enfant qui mange ou boit moins que d’habitude
Douleur à l’oreille ou écoulement de l’oreille
Douleur en urinant ou urines malodorantes
Éruption cutanée apparue avec la fièvre
Enfant irritable ou qui pleure de façon inhabituelle
1. La vaccination
La vaccination est le moyen le plus efficace de prévenir de nombreuses causes de fièvre grave :
BCG (tuberculose) : à la naissance
Pentavalent (diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, Haemophilus influenzae b) : à 6, 10 et 14 semaines
Pneumocoque : protège contre la pneumonie et la méningite à pneumocoque
Rotavirus : protège contre les diarrhées graves
Rougeole : à 9 mois et rappel à 15-18 mois
Méningocoque : dans les pays de la « ceinture de la méningite » (Sahel)
Vaccin antipaludique : RTS,S ou R21 selon la disponibilité
Vérifiez le carnet de vaccination de votre enfant et assurez-vous qu’il est à jour.
2. L’hygiène
Lavez-vous les mains avec du savon avant de toucher le bébé, avant les repas et après les toilettes
Buvez de l’eau propre (bouillie ou traitée)
Préparez les aliments de façon hygiénique
3. La protection contre les moustiques
Moustiquaire imprégnée d’insecticide chaque nuit
Vêtements longs le soir
Chimioprévention saisonnière si disponible dans votre zone
4. L’allaitement maternel
- L’allaitement maternel exclusif pendant 6 mois protège contre de nombreuses infections
❌ Penser que toute fièvre est du paludisme → faites toujours un test avant de traiter
❌ Donner des antibiotiques sans ordonnance → la plupart des fièvres sont virales et ne nécessitent pas d’antibiotiques
❌ Couvrir l’enfant fébrile avec des couvertures épaisses → cela empêche la chaleur de s’évacuer et peut aggraver la fièvre
❌ Frictionner l’enfant avec de l’alcool → dangereux (intoxication possible)
❌ Donner de l’aspirine aux enfants → risque de syndrome de Reye
❌ Attendre trop longtemps avant de consulter → en Afrique, le paludisme et la méningite peuvent tuer en quelques heures
❌ Donner des médicaments traditionnels non vérifiés → certains peuvent être toxiques ou retarder le traitement efficace
❌ Mettre quelque chose dans la bouche d’un enfant qui convulse → risque d’étouffement

