L'autisme chez l'Enfant

L’autisme est un trouble neurodéveloppemental, c’est-à-dire qu’il concerne le développement du cerveau. Il se manifeste dans deux domaines principaux :

1. Des difficultés dans la communication et les interactions sociales :

  • Difficulté à établir ou maintenir le contact visuel (regarder dans les yeux)

  • Difficulté à comprendre les émotions des autres ou à exprimer les siennes

  • Peu ou pas d’intérêt pour jouer avec les autres enfants

  • Difficulté à comprendre les règles sociales (attendre son tour, partager, etc.)

  • Retard ou absence de langage parlé

  • Difficulté à avoir une conversation (répondre à côté, répéter les mêmes phrases)

2. Des comportements répétitifs et des intérêts restreints :

  • Mouvements répétitifs : battre des mains (flapping), se balancer, tourner sur soi-même, agiter les doigts devant les yeux

  • Routines rigides : l’enfant insiste pour que les choses se passent toujours de la même façon et se met en colère si on change sa routine

  • Intérêts très intenses pour certains objets ou sujets (par exemple, les roues, les ventilateurs, les chiffres, les lettres)

  • Alignement d’objets : l’enfant aligne ses jouets au lieu de jouer avec

  • Réactions inhabituelles aux sensations : hypersensibilité aux bruits, aux textures, aux lumières, ou au contraire recherche de sensations fortes (renifler, lécher des objets, regarder fixement les lumières)

On parle de « spectre » car l’autisme se manifeste de façon très différente d’un enfant à l’autre. Certains enfants autistes parlent bien et ont une intelligence normale ou supérieure, tandis que d’autres ne parlent pas et ont un handicap intellectuel. Chaque enfant autiste est unique.

L’autisme existe partout dans le monde, y compris en Afrique. Cependant, il est souvent sous-diagnostiqué et mal compris sur le continent.

Les défis spécifiques en Afrique :

  • Manque de spécialistes : très peu de pédopsychiatres, psychologues du développement et orthophonistes par rapport à la population

  • Diagnostic tardif : beaucoup d’enfants ne sont diagnostiqués qu’à l’âge scolaire ou plus tard, alors que l’intervention précoce (avant 3 ans) est la plus efficace

  • Stigmatisation : dans de nombreuses communautés, l’autisme est attribué à tort à la sorcellerie, à une malédiction, à un mauvais esprit ou à une punition divine. Cela conduit à l’isolement de l’enfant et de sa famille

  • Manque de services : peu d’écoles spécialisées, peu de programmes d’intervention précoce, peu de soutien aux familles

  • Confusion avec d’autres conditions : l’autisme peut être confondu avec la surdité, le retard mental, l’épilepsie ou des troubles du comportement

Les premiers signes de l’autisme apparaissent généralement entre 12 et 24 mois, mais certains signes peuvent être observés dès 6 à 9 mois. Plus le diagnostic est précoce, plus l’intervention sera efficace.

Signes d’alerte selon l’âge :

Avant 12 mois :

  • L’enfant ne répond pas à son prénom quand on l’appelle

  • L’enfant ne montre pas d’expressions faciales (sourire, surprise, colère) à 9 mois

  • L’enfant ne regarde pas dans les yeux ou évite le regard

  • L’enfant ne sourit pas en retour quand on lui sourit

À 12 mois :

  • L’enfant ne joue pas à des jeux simples comme « coucou » ou « tape dans les mains »

  • L’enfant n’utilise pas de gestes : ne fait pas « au revoir » de la main, ne pointe pas du doigt

  • L’enfant ne babille pas ou a perdu des sons qu’il faisait avant

À 18 mois :

  • L’enfant ne pointe pas du doigt pour montrer quelque chose d’intéressant

  • L’enfant ne partage pas ses intérêts avec vous (ne vous montre pas un objet qu’il aime)

  • L’enfant ne dit aucun mot

À 24 mois (2 ans) :

  • L’enfant ne dit pas de phrases de 2 mots (« maman viens », « encore lait »)

  • L’enfant ne remarque pas quand les autres sont tristes ou blessés

  • L’enfant ne fait pas semblant dans ses jeux (ne fait pas semblant de nourrir une poupée, de téléphoner, etc.)

  • L’enfant a perdu des compétences qu’il avait acquises (il parlait et ne parle plus, il souriait et ne sourit plus)

À 36 mois (3 ans) et au-delà :

  • L’enfant ne joue pas avec les autres enfants et préfère rester seul

  • L’enfant ne fait pas de jeux d’imagination (ne fait pas semblant d’être un personnage)

  • L’enfant répète les mots ou phrases qu’il entend (écholalie) au lieu de répondre

  • L’enfant a des crises de colère intenses lors de changements de routine

  • L’enfant aligne ses jouets ou les fait tourner au lieu de jouer avec

  • L’enfant a des mouvements répétitifs : battre des mains, se balancer, tourner

Signes d’alerte à tout âge :

  • Perte de compétences : l’enfant perd des mots, des gestes ou des compétences sociales qu’il avait acquis → consultez immédiatement

  • Absence de langage à 18 mois ou de phrases à 24 mois

  • Absence de jeu symbolique (faire semblant) à 24 mois

  • Isolement social : l’enfant ne s’intéresse pas aux autres enfants

Attention : avoir un ou deux de ces signes ne signifie pas forcément que votre enfant est autiste. Mais si vous observez plusieurs de ces signes, consultez un professionnel de santé pour une évaluation.

Faites confiance à votre instinct de parent : si vous sentez que quelque chose est différent dans le développement de votre enfant, n’attendez pas. Les parents sont souvent les premiers à remarquer les signes.

En Afrique comme ailleurs, de nombreuses idées fausses circulent sur l’autisme. Il est important de les corriger :

❌ « L’autisme est causé par la sorcellerie ou un mauvais sort »

→ ✅ L’autisme est un trouble du développement du cerveau. Il a des causes génétiques (héréditaires) et environnementales (complications pendant la grossesse ou l’accouchement). Ce n’est ni une malédiction ni une punition.

❌ « L’autisme est causé par les vaccins »

→ ✅ De très nombreuses études scientifiques portant sur des millions d’enfants ont prouvé qu’il n’y a aucun lien entre les vaccins et l’autisme. Vaccinez votre enfant normalement.

❌ « L’autisme est causé par une mauvaise éducation ou un manque d’amour »

→ ✅ L’autisme n’est pas causé par la façon dont les parents élèvent leur enfant. Les parents d’enfants autistes sont des parents aimants qui font de leur mieux.

❌ « L’enfant autiste est possédé par un esprit »

→ ✅ Les comportements inhabituels de l’enfant autiste (mouvements répétitifs, cris, isolement) sont des manifestations de son trouble neurologique, pas d’une possession.

❌ « L’autisme se guérit avec des prières ou des remèdes traditionnels »

→ ✅ L’autisme ne se « guérit » pas, mais il se prend en charge. Avec une intervention précoce et adaptée, l’enfant peut faire d’énormes progrès. Les prières et la foi peuvent apporter du réconfort à la famille, mais elles ne remplacent pas la prise en charge spécialisée.

❌ « Les enfants autistes sont tous des génies ou tous handicapés mentaux »

→ ✅ L’autisme est un spectre : certains enfants ont une intelligence normale ou supérieure, d’autres ont un handicap intellectuel. Environ un tiers des enfants autistes ont un handicap intellectuel.

❌ « L’enfant autiste ne ressent pas d’émotions »

→ ✅ Les enfants autistes ressentent des émotions, mais ils ont du mal à les exprimer et à comprendre celles des autres.

❌ « L’autisme est contagieux »

→ ✅ L’autisme n’est absolument pas contagieux. On ne peut pas « attraper » l’autisme.

L’autisme résulte d’une combinaison de facteurs génétiques (les plus importants) et de facteurs environnementaux.

Facteurs génétiques (environ 80 % du risque) :

  • L’autisme est fortement héréditaire : si un enfant est autiste, le risque pour un frère ou une sœur est d’environ 10 à 20 %

  • Des centaines de gènes sont impliqués, chacun contribuant un petit risque

  • Dans environ 15 % des cas, une anomalie génétique spécifique peut être identifiée

  • L’autisme est plus fréquent chez les garçons (4 garçons pour 1 fille), possiblement parce que les œstrogènes (hormones féminines) ont un effet protecteur

Facteurs environnementaux (environ 15-20 % du risque) :

  • Âge avancé des parents : risque légèrement augmenté si la mère a plus de 35 ans ou le père plus de 50 ans

  • Complications pendant la grossesse : hypertension, prééclampsie, diabète gestationnel, infections

  • Prématurité (naissance avant 32 semaines) et faible poids de naissance ( 1 500 g)

  • Exposition à certains médicaments pendant la grossesse : notamment l’acide valproïque (un antiépileptique)

  • Complications à l’accouchement : souffrance fœtale, manque d’oxygène

En Afrique, certains facteurs de risque environnementaux sont plus fréquents (complications obstétricales, infections périnatales, malnutrition), ce qui pourrait contribuer à une prévalence élevée de troubles neurodéveloppementaux.

Les vaccins NE causent PAS l’autisme. Cette affirmation a été réfutée par de très nombreuses études scientifiques de grande envergure.

LE DIAGNOSTIC DE L’AUTISME

Il n’existe pas de test sanguin, d’imagerie ou de test biologique pour diagnostiquer l’autisme. Le diagnostic repose sur l’observation du comportement de l’enfant et l’entretien avec les parents par une équipe de professionnels.

Le dépistage :

  • L’Académie Américaine de Pédiatrie (AAP) recommande un dépistage systématique de l’autisme à 18 mois et 24 mois

  • L’outil de dépistage le plus utilisé est le M-CHAT-R/F (Modified Checklist for Autism in Toddlers, Revised with Follow-Up) : un questionnaire de 20 questions rempli par les parents. Il est traduit dans de nombreuses langues

  • Un dépistage positif ne signifie pas que l’enfant est autiste, mais qu’il doit être évalué de façon plus approfondie

Le diagnostic :

  • Le diagnostic est posé par une équipe pluridisciplinaire 

  • Il repose sur les critères du DSM-5 

  • Des outils standardisés sont utilisés : l’ADOS-2 (observation directe de l’enfant) et l’ADI-R (entretien avec les parents)

  • Le diagnostic inclut aussi une évaluation du niveau intellectuel, du langage, de la motricité et des capacités d’adaptation

  • Un test auditif  etc…

Les enfants autistes ont souvent d’autres problèmes de santé qui nécessitent une attention particulière :

Troubles du développement :

  • Handicap intellectuel : environ 30 % des enfants autistes (de léger à sévère)

  • Retard de langage : jusqu’à 30 % des enfants autistes ne développent jamais de langage verbal fonctionnel

  • Trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) : présent chez plus de 25 % des enfants autistes

Troubles émotionnels et comportementaux :

  • Anxiété : environ 11 % (mais probablement sous-estimé)

  • Dépression : environ 20 %

  • Crises de colère et comportements agressifs : fréquents, souvent liés à la frustration de ne pas pouvoir communiquer ou à des changements de routine

  • Automutilation : se frapper la tête, se mordre, se griffer

Troubles du sommeil :

  • Environ 13 % des enfants autistes ont des troubles du sommeil significatifs

  • Difficulté à s’endormir, réveils nocturnes fréquents, sommeil de courte durée

Épilepsie :

  • Environ 21 % des enfants autistes avec handicap intellectuel ont aussi de l’épilepsie

  • Nécessite un traitement antiépileptique adapté

Troubles alimentaires :

  • Sélectivité alimentaire extrême : l’enfant ne mange que certains aliments (souvent liée à la texture, la couleur ou l’odeur)

  • Risque de carences nutritionnelles

Fugue et errance :

  • Les enfants autistes ont tendance à s’échapper ou à errer sans conscience du danger

  • C’est un risque de sécurité majeur (noyade, accidents de la route)

Il n’existe pas de « traitement miracle » qui guérit l’autisme. Mais une prise en charge précoce et adaptée peut considérablement améliorer les compétences de l’enfant et sa qualité de vie. Plus l’intervention commence tôt (idéalement avant 3 ans), meilleurs sont les résultats.

Il n’existe aucun médicament qui traite l’autisme lui-même. Cependant, des médicaments peuvent être prescrits pour traiter les troubles associés comme :

l’irritabilité et l’agressivité, le TDAH associé ,les troubles du sommeil, l’épilepsie etc…

 

En tant que parent, vous êtes le meilleur allié de votre enfant. Voici des conseils pratiques pour l’aider au quotidien :

Communication :

  • Parlez simplement : utilisez des phrases courtes et claires

  • Accompagnez vos mots de gestes : pointez du doigt, montrez les objets

  • Utilisez des images : un emploi du temps visuel aide l’enfant à comprendre le déroulement de la journée

  • Attendez : laissez à l’enfant le temps de répondre (comptez jusqu’à 10 dans votre tête)

  • Nommez les émotions : « Tu es en colère parce que… », « Tu es content parce que… »

  • Répondez à toute tentative de communication : même un regard, un geste ou un son

Routine et structure :

  • Établissez une routine quotidienne prévisible : les enfants autistes ont besoin de savoir ce qui va se passer

  • Prévenez l’enfant avant tout changement : « Dans 5 minutes, on va partir »

  • Utilisez un minuteur visuel (sablier, minuteur de cuisine) pour aider l’enfant à comprendre le temps

  • Créez un espace calme à la maison où l’enfant peut se retirer quand il est submergé

Jeu et apprentissage :

  • Suivez les intérêts de l’enfant : utilisez ce qu’il aime pour enseigner de nouvelles compétences

  • Jouez à son niveau : asseyez-vous face à lui, imitez ce qu’il fait, puis ajoutez quelque chose de nouveau

  • Encouragez le jeu avec d’autres enfants : commencez par des jeux simples à deux, puis élargissez progressivement

  • Félicitez chaque progrès, même petit : « Bravo, tu m’as regardé ! », « Super, tu as pointé du doigt ! »

Alimentation :

  • Si l’enfant est très sélectif, introduisez les nouveaux aliments très progressivement (d’abord les regarder, puis les toucher, puis les goûter)

  • Ne forcez pas l’enfant à manger

  • Consultez un nutritionniste si l’alimentation est très restreinte

Sommeil :

  • Établissez une routine du coucher régulière et prévisible

  • Créez un environnement calme et sombre

  • Limitez les écrans avant le coucher

  • La mélatonine peut être prescrite par le médecin si nécessaire

Sécurité :

  • Sécurisez votre maison : les enfants autistes n’ont souvent pas conscience du danger

  • Surveillez les points d’eau (puits, mares, rivières) : le risque de noyade est élevé

  • Apprenez à l’enfant à dire son nom et son adresse (si possible)

  • Informez les voisins que votre enfant est autiste et peut s’échapper

  • ❌ Attribuer l’autisme à la sorcellerie et emmener l’enfant chez un guérisseur traditionnel au lieu d’un professionnel de santé → retarde la prise en charge

  • ❌ Cacher l’enfant par honte → l’isolement aggrave les difficultés de l’enfant

  • ❌ Punir l’enfant pour ses comportements autistiques (mouvements répétitifs, crises) → ces comportements ne sont pas volontaires

  • ❌ Refuser de vacciner l’enfant par peur de l’autisme → les vaccins ne causent pas l’autisme et protègent contre des maladies graves

  • ❌ Attendre que l’enfant « grandisse et que ça passe » → l’autisme ne disparaît pas tout seul, mais une intervention précoce fait une grande différence

  • ❌ Dépenser de l’argent dans des « traitements miracles » (chélation, oxygène hyperbare, régimes spéciaux non prouvés) → ces traitements n’ont pas de preuve d’efficacité et peuvent être dangereux

  • ❌ Comparer votre enfant aux autres enfants → chaque enfant autiste progresse à son rythme

  • ❌ Négliger les frères et sœurs → ils ont aussi besoin d’attention et d’explications sur l’autisme de leur frère/sœur