La Constipation

La constipation est l’un des problèmes digestifs les plus fréquents chez l’enfant : elle touche jusqu’à 30 % des enfants dans le monde et représente 3 % des consultations chez le médecin généraliste et jusqu’à 25 % des consultations chez le gastro-entérologue pédiatrique

On parle de constipation lorsque l’enfant :

  • Va à la selle moins de 2 fois par semaine

  • Émet des selles dures, sèches ou en petites billes

  • mal en allant à la selle ou pousse très fort

  • Retient ses selles volontairement (croise les jambes, se raidit, se met sur la pointe des pieds)

  • A des traces de selles dans les sous-vêtements (chez l’enfant propre)

  • Émet des selles très volumineuses qui bouchent les toilettes

Il n’est pas nécessaire d’avoir tous ces signes : deux de ces symptômes pendant au moins un mois suffisent pour parler de constipation.

La fréquence des selles varie beaucoup selon l’âge :

  • Nourrisson : en moyenne 4 selles par jour (mais très variable)

  • Bébé allaité : peut aller de plusieurs selles par jour à une selle tous les 5-7 jours — c’est normal tant que les selles sont molles et que le bébé va bien

  • Enfant de 2 ans : environ 2 selles par jour

  • Après 4 ans : environ 1 selle par jour

Chaque enfant a son propre rythme. Ce qui compte, c’est la consistance des selles (molles = normal) et l’absence de douleur, plus que la fréquence exacte

Dans 95 % des cas, la constipation de l’enfant est dite « fonctionnelle » : il n’y a aucune maladie sous-jacente. Elle résulte d’un cercle vicieux bien connu :

  1. Un événement déclencheur : une selle dure et douloureuse, un changement d’alimentation, l’apprentissage de la propreté, l’entrée à l’école, un voyage, du stress…

  2. L’enfant retient ses selles pour éviter la douleur : il croise les jambes, se raidit, refuse d’aller aux toilettes

  3. Les selles s’accumulent dans le rectum, deviennent plus grosses et plus dures

  4. La prochaine selle est encore plus douloureuse, ce qui renforce la peur et la rétention

Ce cercle vicieux peut s’installer rapidement et persister longtemps si on ne le brise pas.

Les facteurs qui favorisent la constipation :

  • Alimentation pauvre en fibres (peu de fruits, légumes, céréales complètes)

  • Apport insuffisant en eau

  • Manque d’activité physique

  • Changements de routine : voyage, rentrée scolaire, déménagement

  • Apprentissage de la propreté trop précoce ou vécu comme stressant

  • Toilettes inconfortables : pieds qui ne touchent pas le sol, manque d’intimité, toilettes sales à l’école

  • Certains médicaments : antiacides, opiacés, certains antihistaminiques

  • Allergie aux protéines de lait de vache (surtout chez le nourrisson et le jeune enfant, parfois associée à des fissures anales)

Chez les bébés de moins de 9 mois, il est fréquent de voir le bébé pousser, devenir rouge, pleurer pendant plusieurs minutes avant d’émettre une selle… qui est finalement molle. Ce n’est pas de la constipation ! C’est la dyschezia du nourrisson : le bébé n’a pas encore appris à coordonner la poussée abdominale avec le relâchement du sphincter anal. Ce problème se résout spontanément, sans traitement. L’utilisation de suppositoires ou de stimulation rectale est déconseillée car elle peut retarder l’apprentissage naturel de cette coordination

1. Une alimentation riche en fibres

Les fibres aident à former des selles molles et volumineuses. Privilégiez :

  • Fruits : pruneaux, poires, pommes (avec la peau), kiwis, mangues, figues

  • Légumes : haricots verts, brocolis, épinards, petits pois, carottes

  • Céréales complètes : pain complet, riz complet, flocons d’avoine

  • Légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots secs

Pour les enfants de 2 ans et plus, la quantité de fibres recommandée par jour (en grammes) se calcule simplement : âge de l’enfant + 5 g. Par exemple, un enfant de 5 ans a besoin d’environ 10 g de fibres par jour.

Pour les nourrissons constipés, les jus de fruits contenant du sorbitol (jus de pruneau, de pomme, de poire) peuvent aider : 1 à 3 mL par kg de poids, dilués dans un peu d’eau.

 Attention : augmenter les fibres au-delà des recommandations habituelles n’a pas prouvé d’efficacité supplémentaire. L’objectif est d’atteindre un apport normal et équilibré, pas de « surcharger » en fibres.

2. Boire suffisamment d’eau

L’eau est essentielle pour que les fibres fonctionnent bien. Repères d’hydratation :

  • 1 à 3 ans : environ 4 verres (≈ 1 litre) par jour

  • 4 à 8 ans : environ 5 verres par jour

  • Enfants plus grands : 7 à 8 verres par jour

Privilégiez l’eau. Limitez les boissons sucrées et les sodas.

3. De bonnes habitudes aux toilettes

  • Installez une routine : encouragez votre enfant à s’asseoir sur les toilettes après chaque repas pendant 5 à 10 minutes, sans forcer. Après les repas, le réflexe naturel du côlon (réflexe gastro-colique) facilite l’évacuation

  • Position confortable : les pieds de l’enfant doivent reposer à plat sur un marchepied (les pieds dans le vide empêchent de pousser efficacement). Les genoux doivent être légèrement plus hauts que les hanches

  • Pas de pression : ne grondez jamais votre enfant s’il n’arrive pas à aller à la selle. Félicitez-le quand il essaie, même sans résultat

  • Système de récompense : un tableau avec des autocollants peut motiver les jeunes enfants à s’asseoir régulièrement sur les toilettes

  • Respectez le besoin : apprenez à votre enfant à ne jamais « se retenir » quand il a envie d’aller aux toilettes

4. Activité physique

Encouragez votre enfant à bouger tous les jours : jeux en plein air, vélo, natation, marche… L’activité physique stimule le transit intestinal.

Consulter le médecin si ces mesures ne fonctionnent pas.

Erreurs fréquentes à éviter :

  • Ne pas gronder ou punir l’enfant pour ses accidents (traces de selles dans les sous-vêtements). Ce n’est pas de la paresse ou de la provocation : l’enfant ne le fait pas exprès. Les fuites de selles (encoprésie) sont un signe de constipation sévère, pas un problème de comportement

  • Ne pas arrêter le traitement trop tôt : c’est la cause la plus fréquente de rechute

  • Ne pas utiliser de suppositoires ou de lavements de façon régulière chez le nourrisson sans avis médical

  • Ne pas donner de laxatifs stimulants (séné, bisacodyl) en automédication prolongée

  • Ne pas utiliser de remèdes « naturels » non validés : les tisanes de séné, l’aloé vera, le cascara et le Triphala n’ont pas de sécurité ni d’efficacité établies chez l’enfant et peuvent être toxiques

  • Ne pas donner de probiotiques dans l’espoir de traiter la constipation : les études n’ont pas montré de bénéfice

  • Ne pas forcer l’enfant à s’asseoir sur les toilettes s’il est terrorisé : cela aggrave le cercle vicieux de la rétention

Chez un enfant propre, des traces de selles liquides ou pâteuses dans les sous-vêtements sont souvent le signe d’une constipation sévère avec fécalome, et non d’un problème de propreté. Voici ce qui se passe :

  • Un gros amas de selles dures bloque le rectum

  • Les selles liquides « débordent » autour du bouchon et s’écoulent involontairement

  • L’enfant ne sent pas ces fuites car le rectum distendu a perdu sa sensibilité

Ce problème se résout avec le traitement de la constipation (désimpaction puis entretien). Il est essentiel de ne pas culpabiliser l’enfant.

La constipation chronique peut avoir un retentissement important sur la vie de l’enfant :

  • Honte et embarras liés aux accidents

  • Rejet par les camarades, moqueries, harcèlement

  • Anxiété et dépression, surtout chez les adolescents

  • Repli sur soi et problèmes sociaux

  • Baisse de la qualité de vie comparable à celle d’autres maladies chroniques

N’hésitez pas à en parler avec votre médecin. Un soutien psychologique peut être utile dans les cas difficiles.

La constipation chronique peut avoir un retentissement important sur la vie de l’enfant :

  • Honte et embarras liés aux accidents

  • Rejet par les camarades, moqueries, harcèlement

  • Anxiété et dépression, surtout chez les adolescents

  • Repli sur soi et problèmes sociaux

  • Baisse de la qualité de vie comparable à celle d’autres maladies chroniques

N’hésitez pas à en parler avec votre médecin. Un soutien psychologique peut être utile dans les cas difficiles.


Quand consulter le médecin ?

Consultez votre médecin ou pédiatre si :

  • La constipation persiste malgré les mesures alimentaires et les bonnes habitudes

  • Votre enfant a mal au ventre de façon récurrente

  • Vous voyez du sang dans les selles ou sur le papier toilette

  • Votre enfant a des fuites de selles involontaires

  • Votre bébé est constipé dès les premières semaines de vie

 Consultez en urgence si :

  • Votre nouveau-né n’a pas émis de méconium (premières selles noires) dans les 48 premières heures de vie

  • Votre enfant a un ventre très gonflé et dur avec des vomissements

  • Votre enfant ne prend pas de poids ou perd du poids

  • Votre enfant a de la fièvre associée à la constipation

  • Vous remarquez une faiblesse des jambes ou des troubles urinaires associés

Ces signes peuvent indiquer une cause organique (maladie de Hirschsprung, mucoviscidose, anomalie de la moelle épinière, hypothyroïdie…) qui nécessite des examens complémentaires.

Complications digestives et anorectales

  • Fécalome (impaction fécale)

  • Incontinence fécale par débordement (encoprésie rétentive)

  • Fissure anale

  • Prolapsus rectal

  • Dyssynergie du plancher pelvien

  • Distension abdominale et douleurs abdominales

  • Nausées et perte d’appétit

Complications urinaires

  • Infections urinaires récurrentes

  • Incontinence urinaire diurne

  • Énurésie nocturne

  • Reflux vésico-urétéral

Complications psychologiques

  • Honte et baisse de l’estime de soi

  • Anxiété et dépression

  • Harcèlement scolaire

  • Repli social

  • Baisse des performances scolaires

  • Détérioration de la qualité de vie familiale

Complications nutritionnelles

  • Diminution de l’appétit

  • Retentissement possible sur la croissance (cas sévères)

Évolution à long terme

  • Rechutes fréquentes (50 % dans les 5 ans)

  • Persistance des symptômes à l’âge adulte (25 % des cas)

Dernière mise à jour le: 
Révision scientifique :
Direction médicale du CHHDD